Le mot « vertu » sonne aujourd’hui un peu vieilli, presque moralisateur. Pour les stoïciens, c’était pourtant la seule chose qui compte vraiment : le seul bien véritable, et la condition d’une vie réussie. Marc Aurèle en donne la liste dans une phrase de ses Pensées.
Le texte
Si tu trouves dans la vie humaine quelque chose de meilleur que la justice, la vérité, la tempérance, le courage, tourne-toi vers lui de toute ton âme, et jouis de ce bien supérieur que tu as trouvé.
Marc Aurèle, Pensées, III, 6
Le défi est rhétorique : Marc Aurèle sait qu’on ne trouvera rien de meilleur. La suite du passage le dit : tout ce qui rivalise avec la vertu (les honneurs, le pouvoir, les plaisirs) finit par nous détourner de nous-mêmes.
Ce qu’il veut dire
Le mot grec est aretè : l’excellence. La vertu d’un couteau, c’est de bien couper ; celle d’un être humain, c’est de bien user de sa raison. Être vertueux, ce n’est pas obéir à une liste d’interdits, c’est accomplir pleinement ce qu’on est.
Les stoïciens distinguent quatre vertus principales :
- la sagesse pratique : savoir ce qui est bon, mauvais ou ni l’un ni l’autre ;
- la justice : donner à chacun ce qui lui revient, et agir pour le bien commun ;
- le courage : tenir face à ce qui fait peur ou mal ;
- la tempérance : garder la mesure face à ce qui attire.
Zénon, le fondateur de l’école, résumait le but de la vie ainsi : vivre en accord avec la nature, c’est-à-dire vivre selon la vertu.
Personne, pourtant, ne possède la vertu une fois pour toutes. Pour les stoïciens, seul le sage la possède parfaitement, et le sage est presque introuvable. Les autres sont « en progrès ». Sénèque l’écrit sans détour : « je ne suis pas un sage » (De la vie heureuse, 17).
Les erreurs fréquentes
- La vertu n’est pas la pudeur ni la chasteté. Ce sens étroit est venu plus tard. Chez les stoïciens, la vertu est une excellence de l’action et du jugement.
- La santé, l’argent ou la réputation ne sont pas des biens. Les stoïciens les appellent des « indifférents préférables » : on peut les rechercher, mais ils ne rendent ni bon ni heureux. Seule la vertu le fait.
- Les quatre vertus ne se séparent pas. Un courage sans justice devient de la violence, une prudence sans courage devient de la lâcheté. Pour les stoïciens, qui possède vraiment l’une les possède toutes.
Dans ma vie
Je me suis assez vite rendu compte que les vertus ne sont pas quelque chose que l’on possède, mais qu’elles peuvent nous aider à nous orienter vers la sagesse, qui elle-même est un chemin. Non pas que je cherche à m’excuser de mes écarts. Les écarts sont simplement comme des détours qui nous font perdre un peu de temps. Mais comment ne pas s’égarer parfois sur un chemin que l’on découvre au fur et à mesure que l’on marche, et que personne ne peut vraiment tracer pour nous ?
Ces vieux bonshommes qui vivaient il y a plus de deux mille ans peuvent nous éclairer par leurs réflexions, mais c’est seulement en cheminant soi-même, et en expérimentant ce que notre vie nous assigne, que l’on peut vraiment avancer.
Pour aller plus loin
- « Ce ne sont pas les choses qui nous troublent » : le jugement selon Épictète
- « S’inquiéter, c’est souffrir deux fois » : Sénèque et l’inquiétude
- Les indifférents et la vertu, dans le glossaire stoïcien
- Amor Fati : L’art de répondre, sur l’art d’aimer ce qui arrive
