La retraite intérieure : se retirer en soi-même (Marc Aurèle)

Beaucoup croient trouver le calme en changeant de lieu, en fuyant la ville pour la campagne ou la mer. Ils préparent ces absences avec soin, mais rentrent souvent plus agités qu’avant, car ils ont emporté avec eux la source du trouble. Le tumulte n’est pas dehors ; il naît dans l’esprit qui juge les choses et leur donne plus d’importance qu’elles n’en ont. La retraite véritable ne dépend donc pas d’un endroit extérieur, mais de la façon dont on accueille ce qui arrive.

Le texte

On se cherche des retraites : maisons de campagne, bords de mer, montagnes. Toi aussi, tu as l’habitude de désirer ces lieux. Mais c’est là une pensée bien ordinaire, puisqu’il t’est possible, à l’heure que tu veux, de te retirer en toi-même. Nulle part on ne trouve de retraite plus tranquille ni plus libre de soucis que dans sa propre âme. […] Accorde-toi donc sans cesse cette retraite, et renouvelle-toi.

Marc Aurèle, Pensées, IV, 3

Ce qu’il veut dire

Marc Aurèle ne méprise pas la campagne ni la mer. Il dit seulement qu’elles ne suffisent pas : on y emporte ses pensées. Sénèque fait le même constat dans une lettre à un ami qui voyage pour se guérir de sa tristesse : « C’est d’âme qu’il faut changer, non de ciel. » Il rapporte aussi le mot de Socrate à un homme déçu par ses voyages : « Pourquoi t’étonner qu’ils ne te servent à rien, puisque tu t’emportes avec toi ? » Horace avait déjà écrit : « Ils changent de ciel, non d’âme, ceux qui courent au-delà des mers. »

La retraite intérieure n’est pas un vide. Dans la suite du passage, Marc Aurèle dit qu’il faut y trouver quelques principes « brefs et élémentaires », toujours à portée de main, qui suffisent à dissiper le trouble : ce qui ne dépend pas de nous ne peut pas nous atteindre ; tout change, et vite ; la vie est ce qu’en fait notre jugement.

Les erreurs fréquentes

  • Ce n’est pas une fuite du monde. Marc Aurèle écrit cela en empereur, souvent en pleine campagne militaire. La retraite est brève, et elle sert à revenir à l’action.
  • Ce n’est pas une pratique religieuse. Aucune prière, aucun dieu à invoquer : on se rappelle simplement quelques vérités, par sa propre raison. C’est pourquoi cette page parle à ceux qui cherchent une retraite spirituelle sans religion.
  • Ce n’est pas une technique pour faire le vide. Il ne s’agit pas de ne plus penser, mais de penser juste.

Dans ma vie

Il est indéniable qu’inconsciemment, notre environnement influe sur notre humeur. L’intérieur et l’extérieur interagissent à travers le seuil de l’esprit et de ce que perçoivent nos sens. Cependant, la qualité de cette perception dépend de nous, et de notre capacité à lui créer en nous un espace de calme.

Si l’agitation nous habite, elle nous suivra partout. On peut chercher à se distraire de ses pensées, mais ce qui reste à régler en nous (la perception des faits, l’action vertueuse, la volonté, le récit) ne se fera pas en changeant de paysage.

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Cette note prolonge une lettre de Lettres au visage sans masque, dix-sept lettres courtes sur les masques quotidiens et le retour aux principes stoïciens. Disponible sur Amazon

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